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  • : Le blog de AGEN (Association générale des étudiants de Nanterre)
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Nous devons bannir de nos rangs toute idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux.


"La situation actuelle et nos tâches" (25 décembre 1947)  Oeuvres choisies de Mao Tsé-Toung, Tome IV




 
Dans l’histoire de l’humanité, toute force réactionnaire au seuil de sa perte se lance nécessairement, dans un ultime sursaut, contre les forces de la révolution ; et souvent, des révolutionnaires sont un moment induits en erreur par cette force apparente qui dissimule la faiblesse intérieure, ils ne voient pas ce fait essentiel que l’ennemi approche de sa fin et qu’eux-mêmes sont près de la victoire.

« Le Tournant de la Seconde guerre mondiale » (12 octobre 1942). Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome III.

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 18:40

 

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Intervention de l’AGEN pour le débat sur la Tunisie le 20 janvier 2011, Université de Nanterre.

Vive la lutte du peuple tunisien !

Vive la solidarité Internationale avec le peuple tunisien et les peuples opprimés !

Gloire aux martyrs tunisiens tombés pour la liberté !

 

Notre objectif aujourd’hui est de donner la parole à des camarades tunisiens, pour entendre la voix de ceux qui luttent et comprendre la situation politique révolutionnaire que vit la Tunisie ; notre objectif c’est aussi de comprendre les racines du mouvement populaire, les enjeux internationaux notamment pour le capitalisme mondial et donc aussi pour l’impérialisme français. Nous pourrons ainsi, espérons-le, mieux construire la solidarité.

Avant de laisser la parole à nos amis et camarades tunisiens nous voudrions insister sur trois aspects : la force internationale du soulèvement, l’implication de l’impérialisme et les défis actuels 

 

 

 

1.     Nous saluons le mouvement révolutionnaire contre le régime mafieux de Ben Ali et contre le néocolonialisme et l’impérialisme ! 

Dans cette université, il y a dix ans, résonnait  la voix  du compagnon de lutte de Franz Fanon,  l’avocat indépendantiste antillais Maître Marcel Manville qui répétait inlassablement : «  Aucun peuple n’est mûr pour la servitude » ou encore « il n’y a pas  de petit peuple »

Le même phénomène s’est produit pour les régimes du Maghreb. Les idées de Manville résonnent aujourd’hui et peuvent s’appliquer au soulèvement que connaît la Tunisie. Nous avons entendu des centaines de fois des phrases défaitistes  du type « la Tunisie est un petit pays », ou encore pire « dans ces pays (sous-entendu dans les pays arabes) ce serait ingouvernable avec la démocratie ».

Le soulèvement du peuple tunisien a balayé cet état d'esprit. Aucun peuple n'est mûr pour la servitude. Aux Antilles le colonialisme a changé de forme depuis 1946. Au Maghreb, on est passé du colonialisme au néocolonialisme. Manville voulait transmettre le flambeau de la lutte. D'abord, à ces jeunes compatriotes des Antilles, souvent désabusés ou complètement aliénés par une forme de complexe. Pour ces jeunes l’idée même d’indépendance s’était éteinte : les chaînes étaient passées des pieds à la tête.

Il n'y a pas de petit peuple. Non, comme tant d’autres, la Tunisie est un grand pays de luttes, elle a toujours été mûre pour la liberté comme tous les peuples. Elle continue aujourd’hui la lutte initiée par exemple le 22 janvier 1952 lorsque les grèves et manifestants ont éclaté dans tout le pays face au colonialisme français qui a duré 75 ans de façon directe, une lutte réprimée dans le sang  ( l’ « aide sécuritaire » s’appelait à l’époque l’Armée française et la Main rouge) et qui se terminait le 20 mai 1956, jour de la proclamation de l’indépendance formelle . 

Après avoir chassé hier les colons, le peuple chasse ses héritiers d'aujourd'hui, ceux qui se servent en servant les grandes puissances impérialistes. Tous les acquis sociaux et politiques arrachés alors ont été détruits par la couche au pouvoir qui est devenue une bourgeoisie compradore de la pire espèce déjà sous Bourguiba, à plus raison sous Ben Ali. La libéralisation de l’économie et l’endettement sous les auspices de la Banque Mondiale vont brader le pays dès les années 1970. En 1978, la grève générale est réprimée par le directeur de la sûreté nationale, il fait tirer sur la foule, le « jeudi noir » fait 200 morts. Ce directeur s’appelait Zine El Abidine Ben Ali !

Les sacrifices, les souffrances, l’exil, la prison, les tortures ont été le prix à payer pour avoir raison du dictateur. Ce que vit le peuple tunisien, c’est aujourd’hui une grande expérience révolutionnaire. Le jeune martyr tunisien Mohamed Bouazzizi, en s’immolant, a ouvert la voie à une révolte généralisée sans précédent. Elle  a entraîné la fuite du dictateur Ben Ali. C’est l’illustration concrète d’une grande idée : ce sont les peuples, les masses qui font l’histoire et non les sauveurs suprêmes, les hommes providentiels ou les petites cliques comme le pense l’idéalisme bourgeois. Ce n'est pas seulement "la couche moyenne éduquée" dont tous les médias parlent qui a renversé le tyran mais toutes les masses populaires avec en première ligne les classes les plus pauvres.

 

Quels sont les mots d'ordre portés par les manifestants? « Le travail est un droit, bande de voleurs », « Bas les pattes du pays, bande de corrompus », « Travail, liberté, dignité », « A bas le parti de la constitution (le RCD), à bas les tortionnaires du peuple », « Ben Ali lâche, le peuple ne se laisse pas faire ».... Ce sont des slogans qui concernent la plupart des pays africains et arabes. L’importance du soulèvement populaire est déjà en ce sens historique et international.

Bien sûr le renversement d’un pouvoir dictatorial détesté par un mouvement populaire donne aussi espoir à tous les luttes populaires dans le monde. Même ici en Europe. On le voit avec les politiques d'austérité contre lesquelles se battent les masses populaires en Grèce, en Angleterre, en Italie, en Espagne, en France. Elles sont menées pour satisfaire les appétits sans bornes d’une minorité au détriment des peuples.  L’ennemi est commun. La solidarité internationale c'est l'unité contre cet ennemi.

Les peuples opprimés ont cependant des montagnes supplémentaires à déplacer pour se libérer : ils doivent faire face à la domination impérialiste, aux régimes compradores corrompus et aux survivances du féodalisme. En ce sens, la révolution dans les pays opprimés c’est la révolution nationale-démocratique, alors qu’en Europe la révolution sera directement socialiste ou ne sera pas. Comprendre cela, c'est comprendre que le monde actuel, sous le règne unique du capital, oppose des centres impérialistes dominants à des pays opprimés.

2.     L’impérialisme français est le donneur d’ordre du régime criminel

L' actuel directeur général du FMI, Strauss Kahn, virtuel futur candidat du PS, expliquait en 2008 que « l’économie tunisienne va bien (...) jugement très positif du FMI sur la politique tunisienne (...) qui est un bon exemple à suivre ». Ben Ali l'a décoré du titre de« Grand officier de l'ordre de la République ».  Cette analyse et ce soutien à la dictature était partagée par tous les « partis de gouvernement » en France. 

Durant le massacre des manifestants, Michèle Alliot-Marie, Ministre Française des Affaires étrangères a déclaré le 11 Janvier 2011  à l'Assemblée nationale : « Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie], dans le cadre de nos coopérations, d'agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité ». Complicité totale dans le crime. Ce qui a été peu relevé c’est qu’elle dit en substance « Nous, en France, nous savons tenir le peuple ».MAM fait la VRP d'une spécialité de l'impérialisme français. En réprimant les luttes sociales (quartiers populaires, CPE, mouvement des retraites)  la France s’est dotée d’une arme de sécurité massive qu’elle affiche fièrement. Quel que soit le scandale de tels propos, Il ne révèle pas une bavure mais une question de fond.

La France impérialiste a toujours soutenue les armes à la main les régimes clients de sa zone d’influence. Sous cette aide active, les régimes sanguinaires de Mobutu au Zaïre, de Duvalier à Haïti, d’Hassan II au Maroc n’aurait pas tenu. Les transferts de fond de la famille ou du clan Ben Ali s’élève à 18 milliards de dollars, les avoirs sont dans des banques européennes. Ce qu'on voit avec de formidables retournements de veste, des revirements destinés à garder la mainmise sue la "transition".La France ne soutenait pas Ben Ali parce qu’il luttait contre l’islamisme, mais pour une cause moins idéaliste : celle des contrats juteux en tant que premier investisseur. Délocalisation de proximité pour le textile, d’industrie mécaniques : Valeo, Faurecia, EADS, Sagem. Les grands noms du CAC 40 s’implantent de Carrefour, à Danone, de Renault et dans le tourisme avec Fram, Club Med, Accor.  Ben Ali était le seul dirigeant à promouvoir le Traité de la Méditerranée, qui laisserait le Maghreb à la merci des capitaux occidentaux.

Les complicités individuelles et internationales doivent être rappelées. Démasquons les hypocrites nouveaux « soutiens » actuels, tout sourire, qui veulent sauver leurs grands et petits profits. Mais nous ne devons pas oublier que la brutalité principale est économique. Le capitalisme est né du monopole colonial. On ne doit pas laisser dans l’ombre que le niveau de vie, le confort, la démocratie, la paix relative ici provient du pillage des peuples. Personne ne l’assume en France. Au contraire l’anticolonialisme en France ne s’est affirmé non pas avec mais contre les partis de gauche (réformistes ou révisionnistes) surtout durant les guerres coloniales. 

C’est d’ailleurs pourquoi l’AGEN propose la création d’un comité anti-impérialiste que l’on présentera suite au débat. La cause des peuples opprimés fait partie du combat révolutionnaire ici.

3.     Les défis immédiats

Le soulèvement actuel va-t-il être confisqué ? Le soulèvement révolutionnaire s'est-il doté d'objectifs et d'un programme pour en finir avec les racines de la dictature.

Que voit-on aujourd’hui? La tentative de gagner du temps, de sauver le RCD parti de Ben Ali), de monter un gouvernement avec les mêmes dignitaires du régime Ben Ali, de jouer sur l’apaisement, la Constitution ou les relations internationales pour maintenir le même type de pouvoir. Mais le peuple tunisien ne lâche rien et refuse la mascarade. Pour l’instant les plans des cliques du pouvoir ont été déjoués. Ce qui est sûr c’est qu’un gouvernement démocratique, populaire et anti-impérialiste ne peut venir en droite ligne des institutions du passé.

Tous les tenants de la « transition démocratique » creusent le tombeau du mouvement populaire car ils demandent de travailler avec les piliers, les complices et les valets du régime Ben Ali. En Tunisie, le Parti  Communiste des Ouvriers (PCOT) souligne qu’il faut une assemblée constituante élue par le peuple dans des conditions de liberté et de transparence, après avoir mis fin à la tyrannie. L'adoption de mesures immédiates pour le monde du travail : la garantie du revenu, de la santé et la reconnaissance immédiate du syndicalisme de base et indépendant des précaires et de chômeurs. 

Pour que cette perspective existe il faudra que le peuple créé ses propres instruments. La lutte spontanée a été puissante, le contre-pouvoir populaire indomptable. Mais la limite du spontanéisme va devenir criante : il faut un plan de bataille, des organisations et plateformes populaires qui permettent de maintenir les exigences du peuple tunisien. Cela n’existe pas encore mais nous envisageons l’avenir avec optimisme révolutionnaire car les peuples inventent sans cesse leur propre chemin pour se libérer.

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