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  • : Le blog de AGEN (Association générale des étudiants de Nanterre)
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Nous devons bannir de nos rangs toute idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux.


"La situation actuelle et nos tâches" (25 décembre 1947)  Oeuvres choisies de Mao Tsé-Toung, Tome IV




 
Dans l’histoire de l’humanité, toute force réactionnaire au seuil de sa perte se lance nécessairement, dans un ultime sursaut, contre les forces de la révolution ; et souvent, des révolutionnaires sont un moment induits en erreur par cette force apparente qui dissimule la faiblesse intérieure, ils ne voient pas ce fait essentiel que l’ennemi approche de sa fin et qu’eux-mêmes sont près de la victoire.

« Le Tournant de la Seconde guerre mondiale » (12 octobre 1942). Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome III.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 19:10

manif-tunis-bis

 

Transcription de l’intervention de Maitre Habib à notre meeting de solidarité avec le Peuple Tunisien (20/01/2011).

 

 

D’abord, je me présente : Habib. B, ancien étudiant à Nanterre. Actuellement, je suis avocat, inscrit au barreau de Tunis.

Militant politique de gauche, je suis aussi activiste et défenseur des droits de l’homme.

D’abord, je tiens à saluer les camarades de l’AGEN qui ont organisé ce meeting de soutien au soulèvement du Peuple Tunisien. Ce qui prouve de nouveau leur engagement anti impérialiste et notamment leur lutte contre l’impérialisme français. Qu’ils soient donc remerciés.

J’interviens, ici, pour apporter un témoignage sur la Révolution Tunisienne en marche.

 

Commençons, tout d’abord, par lever un malentendu : vous n’entendrez pas dans ma bouche les mots « révolution des jasmins »  tant usité ces derniers temps par les medias pour parler de la Tunisie. Car, si chaque révolution doit avoir ses spécificités, la Révolution Tunisienne est, avant tout, une intifada populaire c.à.d. une révolution qui a fait lever tout un peuple et qui est toujours en marche.

Vous l’avez compris, les raisons de ce grand soulèvement populaire ne peuvent donc être recherchées qu’en liaison avec les contradictions qui traversent la société tunisienne.  Mais, évitons aussi d’autres raccourcis en la comparant, comme le font certains, aux soulèvements qu’ont connu les anciens pays socialistes, à ceux qu’a connu le Portugal, ou encore aux événements qu’avait connus l’Irak au siècle dernier. Le contexte international est totalement différent puisqu’il n’existe plus et depuis fort longtemps de pays socialistes.

Aujourd’hui, nous vivons à une époque caractérisée par une domination sans partage de l’impérialisme sur les peuples. Or, en puisant dans l’escarcelle conceptuelle de la « pensée unique », certains préfèrent parler de « mondialisation », contribuant ainsi, aux confusions qui ne peuvent que profiter aux dominants.

Pour nous, l’impérialisme n’est pas un concept abstrait. Pour nous, l’impérialisme c’est un système politique économique et idéologique. C’est le capitalisme monopoliste arrivé à son stade ultime. En effet, c’est ce système qui est entrain d’agoniser sous nos yeux et qui dans ses derniers soubresauts provoque les régressions, la mort et les guerres. C’est ce même système qui est responsable, ici et maintenant,  de la montée du  fascisme. Et là-bas, de l’autre côté de la méditerranée, de la fabrication et du maintien  des dictateurs et des dictatures.

Disons le clairement : sans l’impérialisme américain et français il ne peut pas y avoir en Tunisie de dictateurs aussi abjects (comme Bourguiba ou Ben Ali.), ni de régime aussi sanguinaire ; et pourtant le plus souvent décrit comme un modèle de «démocratie » et de «développement » dans la région.

Mais, se contenter de parler de dictature et de dictateurs ne suffit pas à comprendre ce qui se joue actuellement en Tunisie.

Car, au-delà de ses dérives mafieuses tant décriées, au-delà de la domination de ses clans criminels sur des millions de tunisiens, ce régime est avant tout le représentant fidèle et le porte-voix des classes réactionnaires en Tunisie. En effet, comme pour toute société, l’histoire de la Tunisie moderne est une histoire de lutte des classes. En Tunisie : il y a d’un côté le camp du peuple constitué par les ouvriers, les paysans pauvres, les classes moyennes et la petite bourgeoisie. Et de l’autre côté, les grands propriétaires terriens et la grande bourgeoisie. Ce sont ces classes qui constituent le socle du régime Ben Ali. Pour ceux qui veulent bien ouvrir les yeux, l’existence de ces classes et leurs liens avec l’impérialisme mondial sont évidents. En Tunisie, ce sont les grands monopoles français, américains, allemands,  italiens et portugais qui ont soutenus à bout de bras Ben Ali. Derrière les déclarations d’amitié d’un Sarkozy, d’un Chirac ou d’un Mitterrand à ce régime, ou la bavure d’une Alliot- Marie, il y a bien des intérêts économiques bien établis. De même,  derrière les accords de coopération avec l’UE, il y a aussi ces mêmes intérêts économiques que l’on cherche à nous cacher. Bref, sans l’impérialisme, sans l’intrusion des grands monopoles comme Orange, Bouygues, Bnp, Carrefour et autres dans la vie du pays il n’y aurait pas  de dictateur ni de dictature. En définitive, comme vous le voyez, le régime de Ben Ali est un régime réactionnaire qui représente bien la dictature des grands bourgeois tunisiens en liaison avec les monopoles impérialistes occidentaux. Et c’est bien cette vérité que certains cherchent encore à nous cacher.

 

 

La révolution Tunisienne en marche n’a pas commencé avec le martyr de Mohamed Bouazizi ; même si cet acte héroïque doit être considéré comme la goutte qui a fait déborder le verre. En effet, le peuple tunisien n’a pas cessé de lutter depuis 1956, c'est-à-dire depuis l’instauration du néo-colonialisme en Tunisie. Les révoltes les plus connues sont celles du mouvement étudiant de 1972, la révolte populaire de 1978, le soulèvement de Gafsa de 1980 et les émeutes dites du pain de 1984. Le coup d’état de Ben Ali du 7 novembre 1987 a clos un cycle mais il n’a jamais pu achever les luttes du peuple tunisien. Pour preuve, en 2008 les luttes grandioses du bassin minier du Centre-Ouest ont duré plusieurs mois obligeant le régime à déployer tout son appareil répressif (policier-militaire-judiciaire) dans cette région pour venir à bout de ce soulèvement populaire. Mais, malgré un huis-clos de circonstance, ces événements annonçaient à leur manière les futurs séismes. Ainsi, l’actuelle intifada du Peuple Tunisien ne peut être compréhensible si on la dissocie de toutes ses luttes. Donc, nul besoin de retracer une chronologie exhaustive pour affirmer, ici, ces quelques vérités.

 La première d’entre elles c’est que Ben Ali est tombé car son régime est devenu synonyme d’instabilité pour les centres impérialistes. Les quelques ouvrages qui ont fleuri ces dernières années comme « la Régente de Carthage » ou les livraisons de Wikileaks sur la Tunisie, décrivent dans le détail, les rouages de la dictature et ses dérives mafieuses. Ainsi, par exemple, l’ancien ambassadeur des USA peut-il annoncer, et sans même s’embarrasser de l’habituel verbiage diplomatique, la chute du dictateur. Mais c’est la révolte généralisée du peuple commencée d’abord dans les régions les plus pauvres (le Centre Ouest et le Sud de la Tunisie) qui aura raison de ce régime. Dans ces conditions, il ne restait au lâche que la fuite éhontée.  Dés ce moment, les événements allaient s’accélérer et le peuple longtemps considéré comme « amorphe » et « arriéré » occupera les devants de la scène. Ainsi, après avoir scandé « du pain de l’eau mais pas de Ben Ali » il s’engouffrera dans le vide du pouvoir ou de ce qui reste de l’autorité de l’Etat pour scander « du pain de l’eau mais pas du RCD ». Vous l’avez compris les nouveaux « sauveurs » du peuple ne seront pas les bienvenus. Désormais, le peuple considère l’épuration de l’appareil d’Etat comme l’acte fondateur de la future République. Les évènements vont encore s’accélérer et sous la pression de la rue le gouvernement dit « d’union nationale » se fissure 24 heures après sa constitution. Les trois membres appartenant à l’UGTT ainsi que trois autres  « indépendants », préfèrent démissionner. Quant à l’autoproclamé « représentant » de la jeunesse tunisienne, le citoyen-bloggeur, il préférera se maintenir et se présentera sur internet comme « citoyen -entrepreneur ». Les internautes choqués l’appellent désormais Slim 404 faisant allusion à Amar 404 ; sobriquet inventé pour nommer la censure sous le régime du président déchu.

 

 

Enfin, quelques réflexions sur les forces politiques qui se sont mis en branle pour affronter la nouvelle situation en Tunisie.

 

1. Le camp de la contre-révolution est représenté par les dirigeants du gouvernement dit d’union nationale, c'est-à-dire tous ceux qui occupent les portefeuilles stratégiques dans ce gouvernement.  Malgré les compétences et l’expertise internationale affichée, ils ne peuvent être que les porte-voix de l’ancien régime. En réalité, Ils sont  les représentants des grands bourgeois tunisiens et les garants intrépides des options  impérialistes en Tunisie.

 

2. Les quelques figures de l’opposition sociale-démocrate (tels Nejib Chebbi et son PDP) : ils jouent dans ce gouvernement le même rôle que jouait l’ancienne opposition légale sous le régime du président déchu. A l’évidence, malgré leur posture ultra démocratique, ils n’auront d’autre mission que celle de tenter d’embellir le visage hideux de la réaction.

 

3. Les forces de Gauche : Ce que nous appelons la Gauche, ce sont tous ceux qui refusent les mécanismes de l’oppression et de l’exploitation que produit le système politico-économique mis en place en Tunisie. En l’occurrence, ce sont ceux qui s’opposent à la mainmise de l’impérialisme et qui s’affrontent à ses laquais tunisiens. Les porte-paroles de cette gauche, sont aujourd’hui présents massivement dans l’UGTT, dans les structures dites de la société civile et de la défense des Droits de l’Homme (avocats, juges indépendants, femmes démocrates …). Toutefois, l’handicap essentiel de cette gauche réside dans ses divisions récurrentes. Pour affronter la situation, elles est condamnée à chercher le plus rapidement possible, une plateforme politique, afin de pouvoir formuler les mots d’ordre justes, de mobiliser et de politiser les masses populaires en action. En effet, la politique a horreur du vide, puisque les ennemis savent aussi qu’il est fondamental de pouvoir compter sur les masses pour faire passer leur plan. La démission des représentants de L’UGTT de ce gouvernement, indique que cette option demeure essentielle, à condition de clarifier publiquement les enjeux politiques.

 

1. Définir clairement en termes de classes les deux camps antagonistes : le camp du Peuple et celui des ennemis.

 

2. Continuer à s’opposer avec énergie au gouvernement fantoche et à ses plans de régression en s’appuyant sur les masses populaires. Et ce jusqu’à sa chute.

 

3. Appeler à un gouvernement d’urgence regroupant toutes les forces politiques, syndicales et associatives qui avaient participé à faire chuter le dictateur. Et qui revendiquent désormais le démantèlement de tous les rouages de la dictature.

 

4. Appeler et se mobiliser autour du mot d’ordre « Pour une Constituante ». Cette assemblée aura pour objectif de reformuler les règles constitutionnelles et électorales pour de futures élections démocratiques en Tunisie.

 

 

-  Vive la lutte du Peuple Tunisien pour une République de Nouvelle Démocratie.

 

-  A bas l’impérialisme et ses laquais.

 

-  Vive la solidarité internationale des peuples.

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