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Nous devons bannir de nos rangs toute idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux.


"La situation actuelle et nos tâches" (25 décembre 1947)  Oeuvres choisies de Mao Tsé-Toung, Tome IV




 
Dans l’histoire de l’humanité, toute force réactionnaire au seuil de sa perte se lance nécessairement, dans un ultime sursaut, contre les forces de la révolution ; et souvent, des révolutionnaires sont un moment induits en erreur par cette force apparente qui dissimule la faiblesse intérieure, ils ne voient pas ce fait essentiel que l’ennemi approche de sa fin et qu’eux-mêmes sont près de la victoire.

« Le Tournant de la Seconde guerre mondiale » (12 octobre 1942). Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome III.

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:51


Un manifeste pour défonder l'Université

 

            Pendant près de quatre mois s'est tenu sur les facultés françaises un mouvement de protestation contre des nouvelles réformes lancées par Valérie Pécresse. Loin d'être le premier, celui-ci avait pour particularité de rassembler à la fois enseignants, étudiants, et personnel BIATOSS. Ce mouvement se voulait unificateur. Peut-être trop d'ailleurs. Ainsi, pour créer cette alliance, les enseignants ont accepté que leurs collègues, quels que soient leurs courants politiques, soient eux-aussi intégrés dans leur « grève ». Ils ont dû pour cela empêcher que les principales revendications des étudiants se fassent entendre, et noyer tout débat politique.

Derrière cette unité de façade, les plus à droite de cette « gauche » se sont exprimés il y a peu en créant le « Manifeste pour refonder l'Université française ».

 

Il y a quelques semaines de cela, un groupe de 29 universitaires français, qui participent à la rédaction de La revue du MAUSS, lancent une pétition intitulée « Manifeste pour refonder l'Université française ».

En partant de l'idée que l'Université française est « à peu près à l'agonie », ces universitaires font alors des propositions de changements susceptibles selon eux de la réanimer. Leur constat est simple : Les universités sont désormais de plus en plus désertées par les étudiants, au profit des classes préparatoires, BTS, et autres cursus non-universitaires. Il faut alors redonner envie aux étudiants de revenir à la fac. Pour cela, ces intellectuels n'ont d'autres idées que de proposer de modeler l'université sur le modèle de ces écoles concurrentes, en plaçant comme point central la sélection à l'entrée des études.

Privilège réservé à ces intellectuels, le manifeste profite dès sa création d'une tribune dans Le Monde. Encore tout fraichement écrit, il fait alors dès sa naissance beaucoup parler de lui au sein de la communauté universitaire. En 10 jours d'existence, il recueilli déjà plus de 5000 signatures, provenant d'enseignants, de chercheurs, mais aussi de présidents d'universités françaises.

Parmi les 5 premiers présidents d'universités signataires du texte, on retrouve Bernadette Madeuf, présidente de notre université.

Mais la fac de Nanterre n'est pas en reste quant à ce texte, puisque parmi les 29 « refondateurs », on retrouve Alain Caillé, enseignant en sociologie à Paris X, rédacteur pour La revue du MAUSS, et fervent défenseur du manifeste. Il se trouve qu'un de nos camarades de l'AGEN le compte parmi ses enseignants. Il l'a alors interrogé sur le manifeste pendant un de ses cours.

 

Extrait du « manifeste pour refonder l'Université française » : [...]Pourtant, alors qu'on évoque l'émergence d'une « société de la connaissance », nos universités ont de moins en moins d'étudiants et ceux-ci sont rarement les meilleurs[...]

Notre camarade a voulu savoir ce qu'il était entendu par « les meilleurs ». Les plus rentables ? Les plus fortunés ? Les plus sages ? Ceux ayant les meilleures notes ?? Quels sont les critères choisis pour désigner un « mauvais » et un « meilleur » étudiant ?

Caillé répond que par « meilleurs », il était entendu ceux ayant eu les meilleurs résultats au bac et que bien souvent ceux-ci préfèrent les écoles privées plutôt que l'université. Du coup celle-ci se retrouve avec une population étudiante qui n'est pas celle la plus assidue en cours, et que ces « moins bons » font baisser l'image du niveau de la fac. Il excluait cependant les étudiants ayant choisi une double licence qui prouvent par ce choix leur intérêt pour les études, comparés à ceux qui, d'après ses propres propos « ne travaillent que 4 heures par semaine, et qui n'ont qu'à réviser un polycopié pour réussir leurs partiels » ( !!! ). Il est fait remarquer à Caillé que suivre une double licence n'est pas à la portée de tous, que bien souvent il faut travailler à côté des études, et que cet emploi du temps ne permet pas à tous d'avoir 35h de cours par semaines. Il lui est fait remarquer de plus que si les « moins bons étudiants » allaient le plus souvent à l'université, on pourrait alors faire la même remarque pour les enseignants, puisque dans les écoles privées, prépa, ou autres, là aussi, il n'est choisi que les « meilleurs ». Il répond : « C'est vrai. Vous pouvez vous venger comme ça si vous voulez ».

 

[...]Si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs mais aussi au sein de l'ensemble de la société française ne sont pas très rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée. Or de qui de telles propositions pourraient-elles procéder sinon des universitaires eux-mêmes ?[...]

Question : Par « universitaires », qu'entendez-vous ? Les enseignants-chercheurs seulement ou l'ensemble de la communauté universitaire, c'est-à-dire, profs, étudiants et non-enseignants ?

Caillé répond : « Je parle seulement des enseignants-chercheurs ! Et j'assume. ». Pour les fondateurs de cette pétition, les étudiants ou encore les personnels Biatoss ne sont pas à même de se prononcer sur l'université. Seuls les enseignants sont compétents dans ce domaine.

Pour lui, cela fait 40 ans ( depuis 68...) que les étudiants n'ont pas parlé de l'université et que les syndicats étudiants ne sont bons qu'à se gueuler dessus dans des A.G qui n'intéressent personne. Aucun syndicat étudiant n'a mené de vrai travail pour décrire ce que devrait être l'Université selon eux.

Ce déni de la part des enseignants pour le reste de la communauté universitaire n'est finalement pas étonnant, ils nous l'ont bien fait comprendre durant tout leur « mouvement » de grève, qui n'a été qu'une mascarade.

 

[...] Au contraire des BTS, IUT, classes préparatoires, etc... L'Université n'est pas maîtresse du recrutement de son public.[...]Il convient que l'Université puisse sélectionner ses futurs étudiants selon des modalités diverses, permettant d'identifier les perspectives d'orientation des étudiants et d'y associer un cursus adapté.[...]

Là est le point le plus sensible de ce manifeste. Il concerne le « recrutement » des étudiants. Pour Caillé, il y a un véritable problème à ce que « n'importe qui » puissent entrer à l'université. Il faudrait une véritable sélection à l'entrée de la fac, avec une orientation selon la filière choisie lors du bac. Ainsi un bac L ne pourrait pas faire de droit, et un bac STG ne pourrait même pas venir à la fac, à moins de faire sa licence en 4 ans (1 an dans une sorte de « prépa-licence ») !! Le fait que les étudiants choisissent eux-même leur licence entraine selon lui des échecs et dévalue la fac.

 

Au final on se retrouve avec un texte, écrit par des intellectuels se revendiquant d'un Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales (d'où le nom La revue du MAUSS), qui appelle à une sélection à l'entrée de l'université, bafouant le principe du droit d'étudier pour tous et de la fac libre et populaire.

Voilà donc les gens qui ont appelé les étudiants à les soutenir. Les enseignants-chercheurs, lancés dans une grève qui n'en n'était pas une, tombent les masques petit à petit. Après avoir joué à la ronde pendant 4 mois devant la Mairie de Paris, bâillonner jusqu'aux plus petites revendications portées par les étudiants et les biatoss, et trahi les étudiants en maintenant les partiels, voilà désormais qu'ils se lancent dans un texte des plus réactionnaires, s'enfermant dans une démarche élitiste face à la construction du « marché de la connaissance ».

 

Il suffit d'ailleurs de voir les propos de Valérie Pécresse, trois jours après la publication du manifeste dans Le Monde. En effet, la ministre se dit « frappée par la convergence d'un certain nombre d'idée avec celles que je défends depuis maintenant deux ans ». Les refondateurs, contestataires dans l'âme et vexés de voir que Pécresse trouve dans leur programme des points de convergence, répliquent alors immédiatement à travers un communiqué que « pour dissiper tout équivoque, comptant parmi les initiateurs de ce manifeste, nous croyons pouvoir dire au minimum qu’il n’aurait pas recueilli 3 500 signatures à ce jour si nos collègues s’étaient aperçus de telles convergences  ».

Après tout, c'est vrai, il manque au manifeste un point de convergence fondamental avec le programme ministériel mené par Pécresse : celui portant sur le statut des enseignants-chercheurs. Côté étudiant en revanche il ne faudrait rajouter qu'un petit paragraphe sur l'augmentation des frais d'inscriptions pour que ce texte apparaisse bel et bien comme une proposition de réforme de la L.R.U.

 

« Le Manifeste pour refonder l'Université française » est lisible (ou risible...) à l'adresse suivante : http://www.journaldumauss.net/spip.php?article507

 

 

AGEN (Association Générale des Etudiants de Nanterre).


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