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Nous devons bannir de nos rangs toute idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux.


"La situation actuelle et nos tâches" (25 décembre 1947)  Oeuvres choisies de Mao Tsé-Toung, Tome IV




 
Dans l’histoire de l’humanité, toute force réactionnaire au seuil de sa perte se lance nécessairement, dans un ultime sursaut, contre les forces de la révolution ; et souvent, des révolutionnaires sont un moment induits en erreur par cette force apparente qui dissimule la faiblesse intérieure, ils ne voient pas ce fait essentiel que l’ennemi approche de sa fin et qu’eux-mêmes sont près de la victoire.

« Le Tournant de la Seconde guerre mondiale » (12 octobre 1942). Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome III.

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 13:14


Un mort oublié à la fac de Nanterre

la terre, la pluie et le béton du chantier
 
Le chantier de la faculté de Nanterre est lancé en 1962, sur l'emplacement de l'ancien camp militaire. Ce terrain de 35 hectares acquis par l'Etat est rétrocédé au ministère de l'Education nationale en 1960. A proximité on trouve un centre carcéral destiné aux indigents du département, des entrepôts et immédiatement au sud du futur complexe universitaire, le bidonville de la rue de la Folie. Plus à l'est vers Paris, le bidonville de la rue de la Garenne. A la fin des années 1960, il y a  des 10000 habitants dans les bidonvilles de la commune, 12 000 étudiants sur le campus. Nanterre, sa fac, ses bidonvilles, une vaste zone de relégation, microcosme des marges urbaines.
 
Que retient-on de la parole du bidonville? La mémoire et la parole immigrée a-telle une place dans la fac et dans le "monument de papier" sur les commémorations de mai 68?
 
Lorsqu'on interroge une ancienne habitante  sur la perception que les habitants du bidonville avaient de la nouvelle université et de l'année 68, la réponse est cinglante, déstabilisante. "On sait que la construction de la fac se fait, puisqu'il y a des hommes du bidonville qui y travaillent. Y en a même un qui est mort. Un père de famille. Parce qu'il travaillait tout en haut, au dernier étage des tours. Et puis il pleuvait; avec le ciment, ça glisse. On mettait pas de filets. Il est tombé dans une cage d'escalier en construction. Il s'est écrasé, il est mort. Nous de 68 et d'avant 68, c'est ça qui nous reste."
 
Une mort sans sépulture. Bilani Ben Lay Lachen, Marocain, père de trois enfants, est mort sur le chantier de la fac de Nanterre en mars 1968, au beau milieu du bouillonnement  activiste qui accompagnait la naissance du mouvement du 22 mars. "Le chantier de la fac c'est trop dangereux disait le père Bilani, il y a laissé sa peau."
 
On chercherait en vain aujourd'hui la moindre trace de l'ouvrier Bilani sur le campus. Son nom n'apparaît sur aucune des innombrables plaques nominatives de la fac .
 
D'ailleurs, tout est fait ces dernières années pour effacer sur l'université les moindres traces historiques ou symboliques de mai 68. Les fresques murales qui reprenaient les slogans du mai français ont été recouvertes lors du confinement du bâtiment B; la résidence universitaire, de plus en plus dépouillée de son statut social, est restructurée à marche forcée; la franchise universitaire qui maintenait à distance la police a été levée.
 
Conformément à cette "modernisation" l'université Paris-X Nanterre a changé de nom, pour devenir « l’université Paris Ouest-Nanterre La Défense ». Il s'agit de marquer la proximité du centre d'affaires de la Défense pour mieux "vendre" l'image de la fac. C'est l'heure des réformes d'"autonomie" et de rentabilité où l'université est censée séduire et répondre aux exigences des bailleurs de fonds privés.
 
On comprend mieux alors pourquoi les années 1960 sont occultées. La remise en cause d'une société marchande doit être chassée des esprits. Tout comme le souvenir de l'ouvrier Bilani.
 
 
 
Sources: Brahim Benaïcha, Vivre au paradis:d'une oasis à un bidonville, Paris 1992 et Archives personnelles de Monique Hervo, Institut d'histoire du temps présent

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