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Nous devons bannir de nos rangs toute idéologie faite de faiblesse et d’impuissance. Tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la force du peuple est faux.


"La situation actuelle et nos tâches" (25 décembre 1947)  Oeuvres choisies de Mao Tsé-Toung, Tome IV




 
Dans l’histoire de l’humanité, toute force réactionnaire au seuil de sa perte se lance nécessairement, dans un ultime sursaut, contre les forces de la révolution ; et souvent, des révolutionnaires sont un moment induits en erreur par cette force apparente qui dissimule la faiblesse intérieure, ils ne voient pas ce fait essentiel que l’ennemi approche de sa fin et qu’eux-mêmes sont près de la victoire.

« Le Tournant de la Seconde guerre mondiale » (12 octobre 1942). Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome III.

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12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 11:58
PLANTU.gifBulletin du syndicalisme de combat numéro 19 (octobre 2007)

LA PRIVATISATION DE L'UNIVERSITE,

UN CHANTIER AU SERVICE DU CAPITALISME

Depuis maintenant plusieurs années, les universités françaises et européennes sont en chantier. En France, cette restructuration profonde est présentée par ses instigateurs comme inéluctable pour la survie de l'université. Et ce que l'on nomme pudiquement « rapprochement entre le monde de l'université et le monde de l'entreprise » ou « adaptation de l'université au monde de l'entreprise » est certes inéluctable, mais pas pour la survie de l'université comme on veut nous le laisser entendre. La série de lois et réformes qui frappent l'université n'est rien d'autre qu'une privatisation, et comment pourrait-il en être autrement dans un système ou tout, y compris l'être humain, est réduit au statut de marchandise? Il s'agit en effet pour les capitalistes de conquérir un nouveau marché, celui de la connaissance. Pour eux, face à la nécessité d'augmenter  le taux de profit, le droit aux études pour tous, le développement de la culture et de l'esprit critique sont loin de faire le poids. La privatisation de l'université s'inscrit donc dans une logique économique globale qui touche l'ensemble des secteurs de la société, et qui est loin d'être au service des étudiants ou même  de la communauté universitaire.

 


A qui profite la loi sur l'autonomie des universités?

 

A entendre les défenseurs de la loi LRU (loi sur les libertés et responsabilités des universités) et de la reforme de l'enseignement supérieur en général, les étudiants devraient se réjouir de ce changement radical qui va enfin leur permettre de sortir de l'université avec la possibilité de trouver un emploi. Selon eux, le rapprochement tant attendu de l'université et des entreprises résoudrait une fois pour toutes le problème du chômage. Discours séduisant, il est vrai, mais on ne peut plus faux. Ici, nos chers dirigeants confondent volontairement le fait avéré que les étudiants seront formés au besoin des entreprises mécènes  ou associées, et l'hypothèse beaucoup moins sûre que tous les étudiants sortant de l'université y trouveront un emploi. On se demande en effet par quel procédé la sélection grandissante s'opérant a l'université cesserait subitement à l'entrée de l'entreprise! Au contraire, cette sélection des élèves et étudiants dans le système éducatif n'est autre qu'un avant goût, qu'une esquisse de la mise en concurrence des « produits » de l'université.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit, faire des étudiants les produits finis de « l'entreprise universitaire », formatés au besoin d'une entreprise et pas d'une autre. « Ce qui compte, finalement, c'est ce qui va sortir de nos universités comme étudiants. Est-ce que ce sera des étudiants qui seront davantage en phase avec les besoins de l'économie? », disait Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP.

 

D'autre part, affirmer que l'on peut résorber le chômage en réformant l'université présuppose que l'université serait responsable du chômage. C'est, bien sûr, une contre-vérité manifeste. Ce n'est pas l'université qui produit le chômage, mais le système économique capitaliste. Ainsi, ce n'est pas en réformant la gouvernance des universités qu'on le résorbera...il s'agit plutôt de s'attaquer aux causes de celui-ci, donc au système capitaliste.

 

L'objectif est donc on ne peut plus clair, adapter la formation aux exigences des patrons, et non pas permettre aux étudiants de trouver plus facilement un emploi.

 

La privatisation de l'université, un des maillons d'une stratégie économique globale

 

En mars 2000, les chefs d'états européens s'étaient fixés pour objectifs de faire de l'Union Européenne « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde d'ici à 2010 ». Les différentes lois et réformes de l'enseignement supérieur sont directement liées à ce qu'on appelle la stratégie de Lisbonne définie alors. « Mobiliser les cerveaux européens : permettre aux universités de profiter pleinement à la stratégie de Lisbonne. » ce titre d'un document de la Commission Européenne publié en 2005 en témoigne. Dans ce contexte, il est clair que l'objectif premier est bien de faire plus de profit, et il n'est pas besoin d'être économiste pour comprendre que ces bénéfices ne profiteront pas aux masses travailleuses mais bien aux patrons, ceux-là mêmes qui définissent ces lois.

La stratégie de Lisbonne définit aussi des objectifs chiffrés, porter le taux d'emploi à 70% d'ici à 2010. Pour cela, il faut frapper au-delà de l'enseignement supérieur, et faire en sorte d'attirer plus de gens au travail, c'est l'origine de tout le discours autour de la réhabilitation de la valeur travail porté par la droite comme par la gauche. Ainsi, réforme de l'assurance chômage, réforme de l'assurance maladie, augmentation de la productivité au détriment des conditions de travail, réforme des retraites, flexibilité et attaques du code du travail, précarité, toutes les régressions sociales sont coordonnées autour de cette stratégie de Lisbonne.

 

Qu'en conclure? Qu'il ne faut pas concevoir les réformes de l'enseignement supérieur comme des mesures isolées et spécifiques au monde étudiant. La loi LRU et toutes la restructuration de l'enseignement supérieur sont partie prenante d'une logique voulant augmenter les profits des entreprises, une logique capitaliste.

 

La privatisation : un processus

 

La loi LRU s'inscrit donc dans le contexte plus large de la stratégie de Lisbonne, c'est-à-dire dans une logique économique globale. De même, le système éducatif ne se réduit pas à l'université! Celle -ci en est le sommet, mais il faut aussi prendre en compte la base de l'édifice. Certains seraient tentés de croire que cette loi représente un changement radical, un tournant décisif dans le fonctionnement de l'université. C'est la loi LRU qui ouvrirait l'ère de la sélection à l'université, de l'absence de démocratie en son sein... pourtant si l'on sait que la sélection à l'université est une loi tacite depuis bien longtemps, il est vrai aussi qu'elle ne commence pas dans l'enseignement supérieur. En effet, l'étudiant issu d'un milieu défavorisé a déjà bravé les multiples tentatives de détournement vers les filières professionnalisantes. Dès le collège en classe de 5ème les élèves se voient déjà « proposer » de rejoindre un CAP, en 3éme un BEP, et ce bien sûr, toujours pour leur permettre de trouver un emploi plus facilement.... En fait, il n'en est rien. L'objectif est bien pour le système éducatif de contribuer à la reproduction des classes sociales. Les enfants d'ouvriers doivent aller grossir les rangs de la main d'oeuvre bon marché et exploitée à outrance, les enfants de cadres doivent suivre le chemin de leurs parents. Pas question de capacités scolaires de ce point de vue.

 

Cet objectif ne date pas d'hier est n'est pas le seul pour le système éducatif sous le capitalisme. Il s'agit aussi de faire de la connaissance une marchandise à part entière, un marché exploitable à sa juste mesure. Le droit au savoir pour tous et le développement du patrimoine universel de l'humanité qu'est la culture ne trouvent pas leur place dans ce processus. Il s'agit pour faire fructifier au maximum les profits des patrons de privatiser l'université.

Cette privatisation ne s'ouvre pas pas la loi LRU, et ne se clos pas non plus par elle. Il s'agit d'un processus d'envergure, dont les enjeux sont immenses et pour lequel la bourgeoisie compte bien prendre son temps pour le faire dans les meilleures conditions pour elle. La loi LMD ECTS en fait partie intégrante, mais la loi Devaquet de 1986 voulait aussi en être un jalon. Pour le Point, « le texte présenté par Valérie Pécresse le 4 juillet dernier en conseil des ministres ressemble à s'y méprendre au projet de loi Devaquet de 1986 ».

De même, il faut rappeler que cette loi est le préalable à cinq autres grands chantiers sur l'université: vie étudiante, immobilier, campus universitaires, statuts des jeunes enseignants chercheurs, carrières des personnels.

Nous sommes bien engagés dans un vaste processus dont il faut saisir les enjeux et prendre la mesure.


 

 

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